Je manque un peu d'inspiration et de légèreté pour commenter l'épisode qui m'a vu quitter l'aventure. Rédiger une chronique sur son élimination me fait penser au film Amadeus dans lequel Salieri commande à Mozart ce qui sera son propre requiem. Je vous rassure, j'ai survécu dans la vie réelle car Masterchef en définitive reste de la télé. Voici donc quelques coulisses du dernier épisode que je suis capable de vous narrer de l'intérieur :
"C’est quoi cette mousse au chocolat ?". Ce dessert me faisait vraiment honte. Cette épreuve d'ouverture de l'émission était tournée pour la première fois un vendredi au lieu du lundi. Je m’explique. Une émission correspond à une semaine de tournage qui se déroule peu ou prou toujours selon la même séquence :
Lundi : épreuve de créativité (le poulet, le fromage, …) qui permet de récompenser 2 vainqueurs devenant alors chefs d’équipe. Débute une séquence au cours de laquelle les candidats peuvent évaluer leur cote d’estime puisque nous sommes enrôlés à tour de rôle par les chefs d’équipe. Depuis le début des épreuves, vous avez peut-être noté que les mêmes équipes types se constituaient par affinités. D'un coté : Thomas, Romain, Philippe C, Fred, Steve, Marine, … et de l'autre : Anne, Corinne, Agathe, Joël, Philippe M, …
A l'occasion de l'épreuve sur la frégate De Grasse, j'avais recommandé à qui voulait bien m'entendre qu'il serait nécessaire de casser les habitudes du groupe en mélangeant un peu les équipes habituelles. Ce jour là, j'ai manqué une occasion de me taire.
Mardi : l'épreuve de groupe
Mercredi : le matin se déroule l’arrivée au plateau et le débriefing des Chefs avec des verdicts qui alternent selon la météo du jour du « Nous avons été fiers de vous (Le mont st Michel)" au "Vous m’avez fait honte (De Grasse)". Mais il faut croire qu’il existe un micro-climat nuageux sur la Plaine St Denis puisque le verdict tombe et une équipe exulte tandis que l'autre se prend généralement la tête dans les mains. Après la pause déjeuner, l’équipe gagnante va s’éclater en extérieur (atelier chocolat, cours de cuisine, …) tandis que celle qui a perdu s’enferme pour l’après midi dans la séquence dite du baiser de judas des pics-à-bons.
Le déroulé de cette épreuve haute en beaux sentiments, vous la connaissez : l’équipe débriefe pendant une heure et procède à un vote secret suivi de l'annonce de son vote auprès du candidat concerné. Le jour de mon départ, ce fut assez rapide car il était acquis que les Masterchefs voteraient massivement contre Corinne ou moi-même. L’ambiance était assez lourde et je n’avais même pas le cœur d’inverser la tendance. Il m’aurait fallu ce jour là le talent d’Henry Fonda dans "12 hommes en colères" pour retourner les candidats les uns après les autres, contre Corinne. Qu’on le veuille ou non, les nominations sont une opportunité d'évincer celui que chaque candidat souhaite voir partir et non pas nécessairement le moins bon. Charge au jury de trancher, dans un moment de vérité digne du roi Salomon et selon une logique à géométrie variable.
Savez-vous pourquoi nous souhaitions à tout prix gagner les épreuves par équipe ? Pour éviter les pics-à-bons. Cette épreuve était détestée des candidats. L’idée de devoir s'éliminer en sanctionnant des erreurs plus que des fautes, était profondément mal vécue. A mon sens il aurait fallu demander au chef d’équipe de nommer seul, les deux éliminés. Quitte à être immunisé, autant porter les responsabilités jusqu’au bout. A noter que certains candidats n’ont jamais participé à une élimination (Audrey) tandis que d’autres comme Corinne ont littéralement été abonnés aux pics-à-bons. Rappelons-en les règles :
Formule du pic-à-bon de la mort = (Chaque candidat rédige son vote en secret avant les nominations) X (On ne peut voter contre soi-même (ce que Philippe a voulu tenter la première fois) ) X ( En cas d’égalité le vote du chef compte double (comme au scrabble)). Me concernant, les votes se déroulaient sans surprise, connaissant par avance ceux qui voulaient me voir partir et les autres. Seul le vote de Cyril m'a étonné.
Mais revenons au déroulement de notre journée. Le mercredi soir, les deux équipes se retrouvent à la maison et l’équipe gagnante qui revient guillerette de sa teuf culinaire retrouve une équipe habillée de noir tout droit sortie d'une publicité pour anxiolytiques, les yeux cernés par l’épreuve éliminatoire. Ambiance séparation et caresse dans le dos. J'ai eu un pour ma part le grand privilège d'avoir un menu dédicacé par tous les candidats avec un petit mot d'adieu. Une attention très touchante.
Jeudi matin : une épreuve décontractée, pas prise de tête comme par exemple une dégustation de bolognaise à 10h du matin, juste après le café. A telle enseigne que le jury et la production, constatant à quel point les candidats étaient détendus lors du testing des fruits de mer, ont décidé d’envoyer directement le plus mauvais en épreuve sous pression.
Jeudi après-midi : la reine des épreuves, la boîte mystère dont l’issue est la nomination de deux ou trois candidats à l’épreuve sous pression.
Vendredi : épreuve sous pression et élimination définitive d’un candidat. Très souvent, les candidats ne participant pas à cette épreuve passaient un vendredi plutôt tranquille, l’après-midi étant réservé aux masterclasses. Du coup, la semaine s’arrêtait pour certains le jeudi soir. Sauf… ce vendredi. Après être passé par l’épreuve sous pression du ris de veau le matin même, suivi de deux heures d’interview, j’espérais à tort que ma semaine fut terminée. Mal m’en a pris. Comme nous devions partir pour Bordeaux le dimanche après-midi afin de rejoindre la frégate De Grasse, l’épreuve de créativité du lundi matin, se déroula le vendredi après-midi. De la fièvre, une bonne gastro et cette épreuve fut pour moi un enfer.
Le dimanche suivant, nous partîmes sur Bordeaux embarquer sur le De Grasse. J'ai demandé à Cyril d'être au poste chaud, que je savais être le plus exposé. Je voulais pleinement vivre le coup de feu, parce que le coup de feu, c'est jouissif. Je ne regrette rien de tout cela.